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Qualité
à
l'officine
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Ordonnance
:
quelle
validation pour
les
seniors ?*
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Lors d’une soirée
entre les Delrue et les Dubois, insensiblement le travail revient dans
la conversation. Germaine Delrue apprécie bien la fiche
«Validation
de l’ordonnance». Elle la présente et la commente
systématiquement
à tout nouveau collaborateur, notamment aux étudiants en
pharmacie qu’elle forme chaque année. Elle leur demande de
l’utiliser
et d’en faire une critique constructive. Une des suggestions revient
souvent
: faire une fiche voisine adaptée aux besoins particuliers des
patients
âgés, tranche d'âge la plus fréquente parmi
les
clients de l'officine (1). L’idée
plaît
bien à Françoise qui propose à son amie de
travailler
le sujet ensemble. Germaine en est ravie car elle apprécie ces
confrontations
amicales. En outre le métier de pharmacien d’officine n’offre
pas
spontanément beaucoup d’occasions de débattre avec des
confrères.
Un rendez-vous est pris pour le prochain lundi, chacun venant avec ses
notes de réflexion.
Dans la même semaine,
Germaine a incité ses collaborateurs à préciser
leur
suggestion de fiche adaptée à ce besoin
spécifique.
La critique étant facile et la réalisation difficile,
elle
les met au travail pour clarifier leur pensée (2).
De l’ensemble de leurs réflexions
émergent deux profils de personnes âgées :
- celle qui a 75 ans,
voyage
souvent pour découvrir le monde et les pays lointains. Certes,
elle
a un peu d’arthrose et quelques douleurs, elle porte des lunettes
(depuis
l’âge de 50 ans). La mémoire n’est plus tout à fait
ce qu’elle était et cette personne fait bien attention de ne pas
tomber ;
- celle qui a 75 ans
également,
diabétique, hypertendue et présentant déjà
une insuffisance rénale et une rétinopathie. Elle voit
donc
très mal bien qu’elle ait un suivi ophtalmologique correct.
Depuis
quelque temps, elle se déplace difficilement suite à une
artérite.
Quand Germaine et Françoise
se rencontrent et partagent leur point de vue, elles s’accordent sur
une
première étape : faire une liste des
particularités
communes à toutes les personnes âgées, quel que
soit
leur état de santé, qu’elles aient ou non de la chance,
et
de rappeler les précautions à prendre en
conséquence.
-
Une légère diminution de la fonction rénale
conduisant à être prudent avec les médicaments
éliminés
par le rein,
Þ Porter
une attention particulière aux posologies et aux
contre-indications,
surtout pour un traitement aigu (que le pharmacien découvre chez
ce patient) ou pour la première dispensation d’un traitement
chronique
(idem, il y a toujours une première fois !), et non lors du
renouvellement
de la dispensation d’une ordonnance d’un traitement chronique, x fois
dispensée
et donc déjà contrôlée par ce pharmacien
(90%
des patients en moyenne sont fidèles à leur pharmacien) ;
-
Une diminution de la mémoire immédiate,
Þ
Écrire et remettre un plan d’utilisation des médicaments
clair qui «illustre», «traduit» l’ordonnance en
étapes pratiques décrites en langage «commun»
(vulgarisation au bon sens du terme) pour soutenir le conseil oral (3).
Ces étapes pratiques tiennent compte des habitudes de prise
médicamenteuse.
Il s’agit d’une sorte de négociation avec le patient pour qu’il
réussisse à prendre au mieux ses médicaments sans
trop perturber sa vie quotidienne. Ceci doit être fait lors de la
délivrance d’un traitement aigu, ou de la première
délivrance
d’un traitement chronique. Il faut réutiliser l’ancien plan ou
le
recopier simplement en le précisant au patient lors d’un
renouvellement
sans changement. En revanche si une modification est intervenue, en
plus
du nouveau plan de prescription (changement à mettre en couleur
?), le pharmacien peut effectivement s’assurer, que ce qui devait
être arrêté est bien compris et, lors de la
prochaine
venue à la pharmacie, l’a bien été , grâce
à
l'historique thérapeutique (4).
Þ
Prendre son temps pour la substitution
si l’on ne veut pas qu’un patient prenne sa Cordarone (il lui en
restait)
et son Amiodarone, faute d’avoir tout compris. Il faut bien peser au
cas
par cas l’intérêt de la substitution au regard des risques
éventuels ;
-
Une perte d’équilibre
Þ
Attirer l’attention du patient
sur le médicament pouvant aggraver ce déséquilibre
relatif,
Þ
Lui demander de le prendre le soir au coucher
(après et non avant de se laver les dents car il y a des risques
de chute) si c’est possible ;
-
Une diminution de l’agilité des doigts
Þ
Faire une démonstration de la manipulation du médicament
devant le patient, la première fois qu’il est prescrit, et lui
demander
de la refaire devant le pharmacien pour vérifier que tout se
déroule
bien. Lors du renouvellement de la même ordonnance, lui demander
s’il s’en «sort malgré les difficultés … car ce
n’est
pas facile…» . Si c’est trop difficile, proposer au prescripteur
un changement de forme pharmaceutique ou de présentation ;
-
Un poids important des habitudes
Þ
S’assurer que le malade a bien compris la substitution, être
prudent
pour les traitements en cours et dans les conseils
qui révolutionnent trop les habitudes des patients.
Puis nos deux amies cherchent
dans leur clientèle les patients qui ont un besoin
spécifique.
Françoise pense à Madame Béchet qui est dure
d’oreille
et avec laquelle elle a pris l’habitude de toujours lui parler du
côté
appareillé (elle est sûre que cette oreille fonctionne
assez
pour l’être ?). De plus, elle ne se met jamais à
contre-jour
car Madame Béchet a l’habitude de lire un peu sur les
lèvres
de ses interlocuteurs. Germaine pense à sa belle-mère qui
y voit mal. A chaque fois elle lui écrit un plan d’utilisation
des
médicaments de façon très lisible (écriture
très ronde) et avec de grosses lettres. De plus, ses
différents
flacons de gouttes ophtalmiques se ressemblant, elle a mis des
repères
sur leur étiquette (numéros /croix/gommettes) et le
même
devant l’explication du plan . Depuis, elle se trompe beaucoup moins (5).
Mais il faut que pour un même médicament les repaires
soient
identiques d’une dispensation à l’autre voire entre les
ordonnances
successives (nécessité de les ramener).
En plein milieu de la discussion,
Pierre passe la tête à travers la porte du salon où
les deux amis travaillent. Elles lui font un petit résumé
de l’état d’avancement de ce projet commun. Il évoque
tout
de suite la nécessité de hiérarchiser les conseils
et le plan de d’utilisation des médicaments, dès lors que
les médicaments sont nombreux sur une ordonnance. Il ne faut pas
oublier de réévaluer la hiérarchie à tout
changement
de prescription (6).
Les deux amies terminent
leur réflexion par la perte d’autonomie. La personne
âgée
peut ne plus se déplacer seule, soit parce qu’elle marche trop
difficilement
mais le handicap n’est que fonctionnel, soit parce qu’elle a un peu
perdu
la tête. Dans le premier cas, cela ne change pas l’acte
pharmaceutique,
la personne est simplement un peu moins assurée que celle qui
vient
seule, mais soutenue par sa canne. Dans le deuxième cas, les
conseils
doivent être bien compris de l’accompagnant qui fera mieux le
relais
auprès de l’entourage que ne pourra le faire le patient
handicapé.
Germaine rédige rapidement
la version adaptée de la validation de l’ordonnance. Elle
propose
de la présenter aux deux équipes officinales, de
collecter
pendant six mois les remarques qu’elles feront à l’usage et de
rédiger
ensuite, si nécessaire, une version modifiée (7).
| Accueillir
le patient |
Lui
ouvrir la porte
s’il a une canne, en l’absence de dispositif automatique
d’ouverture.
Observer s’il a
une oreille
appareillée. Si oui, lui parler de ce côté
là.
|
| Lire
l’ordonnance (recevabilité)
et consulter l’historique thérapeutique |
Analyser
les risques
|
1ère
fois
|
Renouvellement
|
Médicament
-
Age et contre-indication
- Risques de chute ?
- Polymédication |
Modification
de l’ordonnance : si oui
- Posologie et contre-indication pour
les
« nouveaux médicaments »
- Risques de chute ?
- Arrêt à contrôler dans un mois au prochain
renouvellement? |
Patient
Spécificités
(déficit auditif,
visuel,
d’autonomie ou cognitif) |
Objectif
thérapeutique atteint ? Non spécifique
|
Posologie
Age
et posologie |
Observance
à évaluer
- S’en sort-il dans la manipulation? |
Modalités
d’emploi
Forme
difficile pour un patient âgé ? |
Mesure
réalisée de l’efficacité : Non
spécifique |
Substitution
- Cela est-il
compatible sans risque avec son
attachement à ses habitudes ?
- L’a-t-il
bien comprise ? |
Substitution
- Cela est-il
compatible sans risque avec son
attachement à ses habitudes ?
- L’a-t-il
bien comprise ? |
Commenter
le bon usage
|
1ère
fois
|
Renouvellement
|
Plan
de prescription
- Ecrit
clair et en grosses lettres
- Manipulation
du médicament par le
pharmacien et par le patient
|
Plan
de prescription
- «
Je vous ai recopié le même » ou «
Attention les changements sont en couleur.
Il faut bien arrêter le… »
- Repenser
la hiérarchie du conseil si
modification de l’ordonnance
Médicament
- «
Vous vous en sortez avec ce médicament
malgré les difficultés ? » |
Mentions
clés répétées
-
Médicament
avec risque de chute s’il y en a
- Ne pas
trop bouleverser les habitudes |
Mentions
clés répétées
- L’existence
d ‘un changement est à répéter |
| Question
éventuelle du patient : Non spécifique |
Question
éventuelle du patient : Non spécifique |
| Conseil
complémentaire de prévention : Non spécifique |
Conseil
complémentaire de prévention : Non spécifique |
|
Les
principes de l’assurance de qualité illustrés par QSP 9
outre ceux
évoqués
dans les QSP précédents
(1)
En matière de qualité, gérer les situations les
plus
fréquentes est ergonomique.
(2)
Les outils pratiques pour améliorer la qualité au
quotidien
sont élaborés à partir de l'expérience. Les
erreurs deviennent ainsi utiles car elles permettent de
découvrir
des difficultés et d'y apporter des solutions.
(3)
Un conseil donné oralement est renforcé lorsqu'un support
écrit est remis simultanément.
(4)
Le suivi du patient est un acte pharmaceutique clé.
(5)
Personnaliser un conseil le rend plus percutent.
(6)
Trop d'information tue l'information. En cas d'abondance, il est
nécessaire
de hiérarchiser.
(7)
Toute nouvelle procédure doit être utilisée pendant
une période test avant son acceptation définitive.
Qualité
et Sécurité Pharmaceutiques
Références
Bonnes
pratiques
pharmaceutiques européennes (1993) Bulletin de l’Ordre,
1995;346:115-21
modifiées en 1996 www.pgeu.org
ISO 9000 et 9002. |
Thérèse
DUPIN-SPRIET (email )
pharmacie
clinique
- 01/2002 |
Avec la
participation
de Patrick WIERRE, pharmacien d'officine
*
Dépôt
à la SCAM
Réalisé
par Noureddine
Azouar
Date de dernière modification
: